Charles Baudelaire

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Le Port

Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie.  L’ampleur du ciel, l’architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser.  Les formes élancées des navires, au gréement compliqué, auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l’âme le goût du rythme et de la beauté.  Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n’a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s’enrichir.

The Port

A port is a charming sojourn for a soul worn out by the struggles of life.  The amplitude of the sky, the mobile architecture of the clouds, the changing colors of the sea, the sparkling of the beacons, are all a prism marvelously suited to amusing the eyes without ever wearying them.  The slender forms of the ships, with their complicated rigging, upon which the swell of the sea imprints harmonious oscillations, serve to preserve in the soul a taste for rhythm and beauty.  And then, above all else, there is a sort of mysterious and aristocratic pleasure, for he who has neither curiosity nor ambition, in comtemplating, while lying on the belvedere or leaning his elbows against the pier, all of the movements of those who leave and those who return, of those who still have strength of will, the desire to travel, or to enrich themselves.

Charles Baudelaire (1821-1867) french poet, art critic and translator.