René Char, Bandeau de Fureur et mystère, 1948

Le poète, on le sait, mêle le manque et l’excès, le but et le passé. D’où l’insolvabilité de son poème. Il est dans la malédiction, c’est-à-dire qu’il assume de perpétuels et renaissants périls, autant qu’il refuse, les yeux ouverts, ce que d’autres acceptent, les yeux fermés: le profit d’être poète. Il ne saurait exister de poème sans appréhension pas plus qu’il n’existe de poèmes sans provocation. Le poète passe par tous les degrés solitaires d’une gloire collective dont il est, de bonne guerre, exclu. C’est la condition pour sentir et dire juste.